Un changement métabolique majeur pourrait causer le SFC

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plainpicture/Caiaimages/Paul Bradbury

C’est comme si un interrupteur avait changé de position. De plus en plus de données étayent la thèse selon laquelle le syndrome de fatigue chronique (SFC) serait causé par un changement radical du corps vers une forme de métabolisme énergétique moins efficace.

Aussi connu sous le nom d’EM ou encéphalomyélite myalgique, le SFC touche environ 250.000 personnes au Royaume-Uni. Le symptôme principal est un épuisement physique et mental persistant qui ne s’améliore pas avec le sommeil ou le repos. La maladie commence souvent après une infection légère, mais ses causes sont inconnues. Certains ont soutenu que le SFC serait une maladie psychologique, et que la meilleure voie de traitement serait par des stratégies comme la thérapie cognitivo-comportementale.

Mais plusieurs voies d’investigation suggèrent maintenant que le manque profond et douloureux d’énergie observé dans la maladie serait dû dans beaucoup de cas à la perte de la capacité par les patients à brûler les glucides pour générer de l’énergie cellulaire.

Au lieu de ça, les cellules des personnes affectées par le SFC ne produisent plus autant d’énergie en brûlant du sucre, et se mettent à consommer plus de carburants faibles comme les acides aminés et les graisses. Ce changement métabolique produit du lactate, qui cause des douleurs quand il s’accumule dans les muscles.

Cette thèse expliquerait à la fois la très faible quantité d’énergie disponible pour les patients, et pourquoi l’exercice même minime peut être épuisant et douloureux.

Différences des sexes

Øystein Fluge de l’hôpital universitaire d’Haukeland à Bergen, en Norvège, et ses collègues, ont étudié les acides aminés chez 200 personnes atteintes par le SFC, et 102 personnes saines. Les niveaux d’acides aminés dans le sang des femmes atteintes par le SFC était anormalement bas – spécifiquement pour les types d’acides aminés qui peuvent être utilisés par le corps comme source alternative d’énergie.

Ces mesures n’ont pas été répliquées chez les hommes, mais ceux-ci ont tendance à extraire les acides aminés de leurs muscles pour produire de l’énergie, au lieu de l’extraire de leur sang. L’équipe explique également qu’ils ont mesuré des niveaux élevés d’un acide aminé qui étaye l’occurrence de ce procédé.

“Il semblerait qu’à la fois les hommes et les femmes atteints par le SFC aient la même obstruction dans le métabolisme énergétique des glucides, mais ils compensent différemment,” selon Fluge.

Les deux sexes ont montré des taux élevés de plusieurs enzymes connues pour leurs suppression de la pyruvate déhydrogenase (PDH), une enzyme vitale pour le transport des glucides et sucres dans les mitochondries des cellules – une étape majeure dans le métabolisme énergétique des sucres.

Fluge pense que le fonctionnement de la PDH est interrompu, mais qu’il pourrait spontanément repartir.

Effet de famine

Plusieurs études ont jusqu’alors pointé du doigt qu’un problème dans le métabolisme des sucres pourrait causer le SFC, mais il persiste encore des incertitudes quant à la source de ce problème. Cependant, une vision plus claire est en train d’émerger. Quelque chose pousse le corps à ne plus brûler de sucre et à brûler d’autres carburants beaucoup moins efficaces pour produire de l’énergie.

“Nous ne pensons pas qu’il s’agisse uniquement de la PDH,” selon Chris Armstrong à l’université de Melbourne en Australie, dont la recherche a également pointé du doigt des anomalies dans les niveaux d’acides aminés chez les patients. “En gros, nous pensons qu’il s’agit d’un problème dans le métabolisme du sucre en général.”

Le résultat pourrait être comparé à la famine, selon Armstrong. “Quand les gens sont dans un état de famine, le corps utilise les acides aminés et acides gras pour produire de l’énergie pour la plupart des cellules du corps, afin de sauvegarder un niveau de glucose, qui est nécessaire au fonctionnement du cerveau et des muscles, le plus haut possible.”

“Nous pensons qu’il n’y a pas une enzyme seule dans le métabolisme qui soit la réponse au SFC, de la même manière qu’il n’y a pas une enzyme seule qui soit la “cause” de quelque chose comme l’hibernation,” selon Robert Naviaux de l’université de Carlifornie à San Diego, qui a mesuré des niveaux très bas d’acides gras chez les patients suggérant qu’ils étaient utilisés comme carburants alternatifs.

Pas une maladie psychosomatique

Alors qu’est-ce qui pourrait causer ce changement métabolique majeur ? L’équipe de Fluge pense que le propre système immunitaire d’une personne pourrait stopper le fonctionnement de la PDH, possiblement en réponse à une infection.

Son équipe a précédemment démontré qu’éradiquer un type de globules blancs appelé lymphocytes B chez les patients atteints de SFC semble soulager la maladie. Ces globules blancs créent des anticorps, et Fluge suspecte que certains anticorps créés pour combattre les infections s’en prennent à la PDH et la désactive.

L’équipe conduit en ce moment un essai clinique d’envergure en Norvège du médicament rituximab, utilisé couramment dans le traitement du cancer, qui détruit les cellules qui créent les anticorps, chez les personnes atteintes du SFC. Les résultats sont attendus pour l’année prochaine.

Ensemble, ces approches métaboliques suggèrent une cause chimique au SFC “C’est définitivement un effet physique que nous observons, et en aucun cas psychosomatique, et je suis prêt à en mettre ma tête à couper,” selon Armstrong. Cependant, il ajoute que des facteurs psychologiques et des facteurs chimiques dans le cerveau pourraient entrer en jeu dans certains cas.

Etude de référence : Journal of Clinical Investigation, DOI: 10.1172/jci.insight.89376

Traduction de l’article « Metabolic switch may bring on chronic fatigue syndrome » par Andy Coghlan publié dans le journal New Scientist

Un commentaire sur “Un changement métabolique majeur pourrait causer le SFC

  1. Je trouve cet article très intéressant et nous amène sur une piste. Atteinte depuis un peu plus de 2 ans, mais en progression lente d’une vie normalisée ou plus active, je soumettrai cet article aux spécialistes que je verrai sous peu – septembre 2017 – dont un microbiologiste en infectiologie. Merci. Il reste beaucoup à faire, dont la sensibilisation auprès de la population, dans mon cas je ne trouve peu ou pas de soutien auprès de la famille ou des amis. Fort heureusement, des organismes tel que vous et l’AQÈM – Association québécoise d’encéphalomyélite myalgique – existez.

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