Conférence IiMEC11 à Londres – 2ème partie

Dans cette synthèse des conférences de l’après-midi, nous nous attardons particulièrement sur les travaux du Dr Hanson, dont l’article est paru juste après la conférence, ainsi que sur la présentation, qui était très attendue, du Pr. Ron Davis.

Pr. Mady Hornig (Center for Infection and Immunity (CII), Columbia University Mailman School of Public Health, New York, USA) – la découverte de pathogènes dans l’EM

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Pr. Mady Hornig

La session de l’après-midi a été ouverte par le Pr. Mady Hornig qui a présenté le programme de recherche EM/SFC de l’université de Colombia. L’équipe cherche à établir des profils immunitaires et identifier les pathogènes reliés à la maladie, une tâche très complexe. Selon eux, l’EM résulte d’un dysfonctionnement cérébral en lien avec le fonctionnement intestinal. Un microbiome perturbé peut entraîner des changements dans le métabolome et peut favoriser le développement de maladies auto-immunes. Son équipe cherche à comprendre comment ces interactions complexes peuvent affecter le cerveau.

Son groupe a déjà publié les résultats d’une étude récente centrée sur les réseaux de cytokines, suggérant que la signature immunitaire de la maladie dans ses débuts différerait de ce que l’on peut observer ensuite. Le groupe poursuit ses recherches dans les profils du système immunitaire et le microbiome.

Ref. Cytokine network analysis of cerebrospinal fluid in myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome, M Hornig, G Gottschalk, D L Peterson, K K Knox, A F Schultz, M L Eddy Molecular Psychiatry (February 2016)

 

Pr. Maureen Hanson (Cornell University, New York, USA) – la recherche d’un biomarqueur pour l’EM/SFC

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Pr. Maureen Hansen

Le Pr. Maureen Hanson est une biologiste moléculaire qui travaille sur le microbiome dans l’EM/SFC en collaboration avec le Dr Ruth Ley (Cornell Microbiology) et le Dr Susan Levine. Elle travaille également sur un projet étudiant l’expression génétique et un autre dont l’objectif est de découvrir des changements sanguins après des tests cardio-pulmonaires répétés sur deux jours.

 

La présentation du Pr. Hanson s’est articulée autour d’un des thèmes centraux de la conférence : la recherche d’un biomarqueur qui permette de poser un diagnostic précis, fournir des mesures objectives au cours d’un essai clinique, sélectionner les participants à des études et enfin donner des informations permettant d’identifier la ou les causes de la maladie. Il y a actuellement plusieurs possibilités : des dysfonctions des “Natural Killer cells” et des cytokynes, le test cardiopulmonaire sur deux jours, des anomalies en neuro-imagerie, des changements dans l’expression génétique.

Le Pr. Hanson a expliqué comment son équipe explore la piste d’un possible biomarqueur en analysant les niveaux de protéines inflammatoires dans le sang en conjonction avec les espèces bactériennes présentes dans le microbiome intestinal.

Le Pr. Maureen Hanson a exposé les résultats de son étude menée avec le Dr Levine sur la flore intestinale et les marqueurs bactériens dans le sang de 48 patients atteints d’EM/SFC et 39 contrôles sains.

L’équipe a trouvé une augmentation de Lipopolysaccharides (LPS), des marqueurs inflammatoires, dans le plasma des patients EM/SFC. Aussi connus sous le nom d’endotoxines, les LPS sont de larges molécules qu’on trouve sur les parois externes de bactéries “à Gram négatif” (bactéries qui apparaissent roses au microscope lors d’une coloration de Gram). Ces toxines pourraient causer une excitation du système immunitaire avec beaucoup d’inflammation. Un taux très élevé de LPS dans le sang est le critère de diagnostic d’une maladie nommée Endotoxémie. Les LPS jouent apparemment également un rôle dans l’auto-immunité.

L’étude a également établi que les patients avaient un nombre plus faible de bactéries appartenant aux familles qui produisent du butyrate (ou butanoate), un anti-inflammatoire.

Les patients présentaient également une diversité bactérienne intestinale (le nombre de familles de bactéries présentes) moins importante que les contrôles sains, ce qui se retrouve également dans des maladies inflammatoires intestinales, comme la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse. Cette étude n’est pas encore assez précise pour identifier quelles espèces pourraient causer les problèmes avérés dans l’équilibre de la flore intestinale chez les patients, mais Hanson a annoncé être “sur le point d’identifier des marqueurs utiles”.

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Diagramme présentant les différences majeures entre les patients et contrôles.

En utilisant des analyses statistiques combinant les résultats sanguins et l’analyse de la flore intestinale, Hanson a été capable d’identifier 83% des patients EM/SFC de l’étude.

Le Pr Hanson a précisé qu’il n’y a pas encore de preuve que ces problèmes de la flore intestinale soient la cause de l’EM/SFC, ils peuvent également être une conséquence de la maladie. Elle a ajouté en conclusion : « Je ne vois pas comment ces différents biomarqueurs intestinaux pourraient être expliqués par le modèle biopsychosocial du SFC ».

Dans une interview sur WRFI New York, Hanson a ajouté des précisions sur de potentiels traitements : « quand nous disons qu’il y a une diversité bactérienne réduite, ce ne sont pas les bactéries communes que l’on peut récupérer dans les yaourts, en prenant des probiotiques […] ou en ingérant un certain type de nourriture »

En réponse à l’interviewer qui lui demandait quelle pourrait être la cause de ces anomalies bactériennes et si elles pouvaient être causée par le système immunitaire, Maureen Hansen a répondu : « on n’en comprend pas vraiment la cause. Il est très possible que le système immunitaire s’attaque improprement à ces bactéries, mais il est également possible que l’environnement intestinal soit moins hospitalier pour ces bactéries. Peut-être n’ont-elles pas accès suffisamment facilement à des nutriments à cause de problèmes digestifs. »

L’article présentant ces découvertes a été publié juste après la conférence et a bénéficié d’une assez large couverture médiatique, aux USA comme en France. Le site creapharma a notamment publié une interview traduite en français.

Reprécisons que cette étude a été menée sur une cohorte relativement petite et doit être répliquée pour que ces résultats puissent être solidement établis.

Ref. : Reduced diversity and altered composition of the gut microbiome in individuals with myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome Ludovic Giloteaux, Julia K. Goodrich, William A. Walters, Susan M. Levine, Ruth E. Ley and Maureen R. Hanson Microbiome 2016

 

Pr. Elisa Oltra (Université catholique, Valence, Espagne) biomarqueur moléculaire pour l’encéphalomyélite myalgique

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Pr. Elisa Oltra

Son équipe a identifié des anomalies dans la RNase L et le profil des micro-ARN (ou miARN). Les micro-ARN (des ARN non codant qui régulent l’expression génétique) sont, selon elle, particulièrement prometteurs. Présents dans tous les fluides corporels, ils se sont déjà montrés utiles dans le diagnostic et le pronostic de certains cancers.

Ces résultats ont été obtenus avec une cohorte très petite, l’étape suivante est de les valider à plus grande échelle. Elle travaille actuellement avec le Dr Nathanson (collaborateur du Dr Klimas à la Nova University en Floride) et le Dr Alegre à Barcelone dans cet objectif.

 

Pr. James Baraniuk (Georgetown University Medical Centre, USA) – Test d’effort et tachycardia orthostatique

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Pr. James Baraniuk

L’étude en cours du Pr. Baraniuk s’attache à comparer des IRM cérébrales avant et après un exercice sous-maximal (ils utilisent un type d’exercice qui n’entraîne pas de chute spectaculaire des performances dans un test cardio-pulmonaire le deuxième jour, comme l’a fait l’équipe de Vanness), suffisant cependant pour montrer des changements dans les flux sanguins cérébraux. Ces changements sont également visibles après un test cognitif. La moitié des participants SFC (et aucun des contrôles) présentaient un Syndrome de tachycardie orthostatique posturale (STOP) après effort et une activation du système nerveux sympathique.

Ref.: Exercise Challenge in Gulf War Illness Reveals Two Subgroups with Altered Brain Structure and Function Rakib U. Rayhan , Benson W. Stevens, Megna P. Raksit, Joshua A. Ripple, Christian R. Timbol, Oluwatoyin Adewuyi, John W. VanMeter, James N. Baraniuk, Plos One 2013

 

Pr. Ron Davis (Directeur du Stanford Genome Technology Center, Palo Alto, California, USA) – L’approche « Big Data » dans une cohorte de patients sévèrement atteints

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Pr. Ron Davis

Ron Davis est professeur de biochimie et génétique et directeur du Stanford Genome Technology Center à l’université de Stanford. C’est un chercheur en biotechnologie qui a participé à des découvertes majeures dans le domaine de la génomique. Les recherches de Ron Davis sur l’EM/SFC ont lieu au sein de l’Open Medicine Foundation.

Le Pr. Davis a commencé par rappeler ce qui l’a amené dans le champ de la recherché sur l’EM/SFC: son fils, Whitney Dafoe, est gravement touché par la maladie.

Sa présentation s’est centrée sur la collecte de données massives : le « Big Data », un terme qui décrit le rassemblement de données biologiques et cliniques, en utilisant des techniques génomique, métabolomique, protéomique pour voir quelles anomalies peuvent être trouvées chez les personnes souffrant d’une pathologie donnée. Après avoir passé une année et demie à étudier la littérature scientifique mentionnant l’EM/SFC (9000 publications) dans le cadre de sa collaboration au travail du panel de l’Institute Of Medicine (IOM), Ron Davis a été choqué de constater à quel point cette littérature contient peu de données susceptibles d’être utiles, rendant la tâche de cerner ce qui a le potentiel de devenir un biomarqueur très difficile. En l’absence de données utilisables, il a décidé de les collecter lui-même.

Le Pr. Davis est donc en train de mener une étude intégrant 20 personnes atteintes d’une EM/SFC sévère (il pense que les signaux moléculaires seront plus aisés à repérer chez ces patients) et 10 contrôles et va collecter des milliards d’informations. Des analyses sanguines, salivaires et fécales seront effectuées de façon extrêmement détaillée pour la recherche d’anomalies dans le système immunitaire (activité des cellules « natural killer », expression génétique, cytokines…), métabolomique (les métabolomites sont de petites cellules que l’on retrouve dans les fluides corporels, les tissus…) et protéomiques (protéines).

Le Pr. Davis a rapporté les premiers éléments que son équipe a pu trouver lors d’une étude pilote sur le sérum effectuée sur trois patients. Selon lui, ces découvertes montrent des problèmes sérieux, notamment dans le cycle de l’acide citrique dans les mitochondries, qui entravent la production d’énergie à partir des sucres et de la graisse au niveau cellulaire dans l’EM/SFC. Son équipe a également trouvé des déficiences en biotine et tryptophane.

Pour plus d’informations sur l’étude et l’implication de Ron Davis, vous pouvez consulter cet article de MEAction et ce post relayant les articles parus dans la presse américaine sur le parcours de Ron Davis et son fils Whitney.

 

 

Une nouvelle fois, le colloque organisé par IiME s’est montré riche en informations. La question principale reste : comment connecter toutes les informations dont nous disposons de manière cohérente, en termes de mécanisme, de diagnostic et de traitement ? Même s’il n’y a pas encore de réponse claire à ces questions, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.

 

Vous pouvez commander le DVD des conférences à Invest in ME. Les bénéfices réalisés sur leur vente permettent de financer les conférences.

 

Ce résumé a été réalisé à partir des compte-rendus suivants:

Rosamund Vallings pour Invest in ME
Dr Charles Shepherd pour ME Association
Mark Berry pour Phoenix Rising
Cort Johnson pour Health Rising.

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