Découverte majeure : Signature chimique de l’EM/SFC

Naviaux

Professeur Robert K. Naviaux

C’est une étude révolutionnaire que vient de publier le Professeur Robert K. Naviaux, directeur du Centre des Mitochondries et Maladie Métaboliques à l’Ecole de Médecine de L’Université de San Diego en Californie, dans la revue PNAS. En utilisant diverses techniques pour évaluer des métabolites particuliers dans le plasma sanguin, les chercheurs ont identifié une signature chimique particulière à l’Encéphalomyélite Myalgique/Syndrome de Fatigue Chronique, ainsi qu’une biologie sous-jacente inattendue : un mécanisme cellulaire similaire au stade “dauer”, et à d’autres syndromes hypométaboliques comme l’hibernation.

NextGen Metabolomics

“L’EM/SFC est une maladie très complexe”, annonce Robert K. Naviaux. “Elle affecte de multiples systèmes du corps humain. Les symptômes varient et sont communs à de nombreuses autres maladies. Il n’y pas de test de diagnostic en laboratoire. Les patients dépensent parfois des dizaines de milliers de dollars et de nombreuses années pour obtenir un diagnostic correct.”

La métabolomique est une nouvelle science qui étudie l’ensemble des métabolitesles substances chimiques produites lors du fonctionnement des cellules (sucres, acides aminés, acides gras, etc.), grâce à de nouvelles technologies (spectrométrie de masse et la résonance magnétique nucléaire). Naviaux et son équipe ont développé une méthode de spectrométrie de masse permettant de mesurer plus de 500 molécules dans le sang. Les chercheurs comparent cette technique, qu’ils appellent “NextGen Metabolomics”, à une nouvelle lentille, comme pour le télescope Hubble, permettant de voir plus loin et avec plus de clarté dans l’univers cellulaire.

Naviaux et son équipe ont étudié 84 sujets: 45 hommes et femmes qui répondaient à la fois aux critères de diagnostic de Fukuda, du consensus canadien, et de l’IOM, et 39 contrôles sains. Les chercheurs ont analysé 612 métabolites différents de 63 voies biochimiques dans le plasma sanguin. Ils ont établi que les personnes atteintes par l’EM/SFC présentent des anomalies dans 20 voies métaboliques. 80% des métabolites mesurés avaient des niveaux réduits, ce qui correspond à un “syndrome hypométabolique” ou métabolisme réduit. Le taux de précision du diagnostic en utilisant ces métabolites excède 90%. Cette réponse métabolique dans l’EM/SFC est par ailleurs à l’opposé de ce que l’on observe en cas d’infection aigüe, renforçant l’idée que, si une infection est souvent à l’origine de la maladie, elle n’est pas la cause de sa persistance. Une autre découverte importante est que les mesures de métabolites étaient en corrélation avec la sévérité clinique des patients.

“Malgré l’hétérogénéité de l’EM/SFC et la diversité des facteurs qui mènent à cette condition, nos découvertes montrent que la réponse cellulaire métabolique est la même chez tous les patients”, selon le professeur Naviaux. “Et il est intéressant de noter que l’EM/SFC est chimiquement similaire à l’état “dauer” que l’on peut retrouver dans certains organismes, qui démarre quand des stress environnementaux déclenchent un ralentissement du métabolisme pour permettre la survie dans des conditions qui pourraient causer la mort cellulaire. Dans l’EM/SFC, ce ralentissement a pour conséquences des douleurs à long terme et une invalidité.”

Le stade “dauer”, qui se traduit par “durée” en allemand, est un état de stase dans le développement de certains invertébrés qui est déclenché par des conditions environnementales difficiles et permet la survie en réduisant grandement le métabolisme. Ce stade a été particulièrement étudié chez le ver Caenorhabditis elegans dont la larve en condition de stress peut entrer dans une stase lui permettant de survivre.

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La larve Caenorhabditis elegans

Le professeur Naviaux explique que “tous les animaux ont des moyens de réponse face à des changements de conditions environnementales qui menacent leur survie. Des changements historiques dans la disponibilité saisonale des calories, les pathogènes microbiens, le stress hydrique et d’autres stress environnementaux ont fait en sorte que nous avons hérité de centaines de milliers de gènes que nos ancêtres utilisaient pour survivre à toutes ces conditions.”

Selon le professeur Naviaux, ces découvertes montrent que l’EM/SFC possède une signature chimique identifiable objectivement chez les hommes et les femmes et que la métabolomique ciblée (l’étude des métabolites présents dans le sang), qui apporte des informations directes sur les molécules impliquées, peut apporter des informations exploitables pour un traitement. Seules 25% des perturbations des métabolites découvertes chez chaque personne étaient nécessaires pour établir le diagnostic de SFC. À peu près 75% des anormalités étaient uniques à chaque individu, ce qui pourrait être utile pour établir un traitement personnalisé. Cela pourrait également expliquer les variations symptomatiques entre patients et les réactions variables aux traitements. Ces variations pourraient être en partie expliquées par des différences génétiques.

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Environ 40 à 50% de tous les métabolites mesurés ont des concentrations différentes chez les hommes et chez les femmes. Selon l’étude, les hommes et les femmes partageraient 9 des 20 voies biochimiques perturbées chez les patients. 11 étaient plus importantes chez les hommes que chez les femmes.

Les conséquences

Pour Naviaux, “Ce travail ouvre la voie à la compréhension de la biologie de l’EM/SFC et, de manière plus importante pour les patients, à une façon plus robuste et rationnelle de développer de nouvelles voies thérapeutiques pour une maladie qui en a grandement besoin.”

Naviaux

Professeur Ron Davis

Selon Ron Davis, chercheur réputé dans la communauté scientifique, cette publication “est un jalon dans la recherche sur l’EM/SFC. C’est l’étude la plus importante et la plus innovante à ce jour. Ces découvertes sont d’excellentes nouvelles pour les patients et les chercheurs. Non seulement étayent-elles la réalité biologique de cette maladie stigmatisée, mais elles pointent vers le biomarqueur potentiel le plus prometteur que ce domaine de recherche ait vu jusqu’ici.”

Les auteurs de l’étude précisent cependant que des recherches supplémentaires utilisant des échantillons plus importants venant de zones géographiques différentes sont nécessaires pour pouvoir généraliser ces découvertes.

L’étude est d’ailleurs déjà en cours de réplication au sein de l’OMF, en collaboration avec le professeur Ron Davis et les docteurs Paul Cheney et Eric Gordon. “Les résultats étaient tellement excitants que nous avons élargi notre recherche et nous avons lancé une étude de validation dans un groupe totalement indépendant de plus de 100 participants (déjà choisis et prêts à démarrer), la moitié atteints d’EM/SFC et la moitié des contrôles sains répartis aux États-Unis et au Canada . Cette étude est rendue possible par une subvention de l’OMF.”

 

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