Conférence IiMEC11 à Londres – 1ère partie

IiME

La 11ème conférence d’IiME a eu lieu les 1er, 2 et 3 juin 2016. Les deux premiers jours se sont tenues de nombreuses tables rondes. Le troisième jour était consacré à un colloque devant un public composé de professionnels de la santé, patients et représentants d’associations venant de 18 pays différents. La France était représentée par les Pr. De Korwin et Authier.

Gibson

Dr Ian Gibson

La conférence a été ouverte par le Dr Ian Gibson, ancien doyen de la faculté de biologie de l’université d’East Anglia, et ayant participé à la rédaction d’un rapport important sur la maladie réalisé il y a 10 ans.

Pour le Dr Gibson, nous vivons un moment enthousiasmant et il y a de bonnes raisons d’être positifs, grâce à de nombreux projets collaboratifs, éducatifs, des financements et la mise en place progressive de centres de recherche d’excellence.

Dr. Vicky Whittemore — Directrice de programme, Institut national des Troubles Neurologiques et des Attaques Cérébrales, Institut National de la Santé (NIH) USA

Whittemore

Dr. Vicky Whittemore

La simple présence du Dr Whittemore était en soit un geste fort montrant l’importance que le NIH accorde désormais à l’EM/SFC.

Reconnaissant le niveau historiquement faible des financements pour la maladie, le Dr Whittemore a cependant souligné qu’elle a observé ces dernières années un changement très significatif dans la manière dont la maladie est envisagée et une prise de conscience sur la nécessité de mener une recherche de qualité.

Whittemore a présenté les grandes orientations du NIH concernant l’EM/SFC: l’étude intra-murale du NIH, un appel à des inscriptions pour des financements supplémentaires, des efforts pour encourager la recherche collaborative internationale, et des enquêtes auprès des patients sur ce qui leurs semble être des priorités de recherche.

Professeur Olli Polo (Département de médecine pulmonaire, Centre hospitalier universitaire de Tampere, Finlande) – Le diagnostic clinique de l’Encéphalomyélite myalgique

Polo

Professor Olli Polo

Le Professeur Polo a insisté sur l’importance d’identifier des signes cliniques pour établir la crédibilité de l’EM dans l’esprit de médecins souvent septiques. Il a également souligné le fait que l’EM/SFC est une maladie multi-systémique, ce que le modèle actuel de la médecine a du mal à appréhender.

Polo a également signalé qu’une proportion importante des patients qu’il voit diagnostiqués EM/SFC ont en fait un trouble du sommeil, comme l’apnée du sommeil.

Le reste de sa présentation s’est concentrée sur les chevauchements entre l’EM/SFC et le syndrome d’Ehlers Danlos.

Pr. Carmen Scheibenbogen (Institut d’immunologie médicale, Berlin Charite, Allemagne) – Auto-anticorps aux récepteurs adrénergique et acetylcholiniques dans l’EM/SFC

Carmen

Pr. Carmen Scheibenbogen

Le Pr. Scheibenbogen a résumé les travaux de son équipe qui cherche à identifier le rôle potentiel d’auto-anticorps dans l’EM-SFC. Scheibenbogen est particulièrement intéressée par les auto-anticorps qui pourraient attaquer les récepteurs sur les neurotransmetteurs chez les patients EM/SFC.

Jusqu’ici, les chercheurs ont trouvé des taux augmentés d’anticorps contre deux types de récepteurs chez un sous-groupe de patients (27,9%). Ces récepteurs sont :

  • le récepteur beta 2 adrénergique – ce récepteur s’associe à l’épinephrine (adrénaline) et joue un rôle clé dans la régulation des flux sanguins, de l’activité musculaire et de la respiration.
  • récepteurs acetylcholine muscariniques – ces récepteurs régulent l’activité de l’acetylcholine, le neurotransmetteur associé au système nerveux parasympathique.

Ces deux récepteurs régulent les deux branches du système nerveux autonome et jouent un rôle majeur dans la régulation des flux sanguins.

Le fait que les anticorps liés à ces récepteurs sont en nombre considérablement réduit chez les patients EM/SFC qui ont répondu au Rituximab suggère que ce médicament participe à la re-régulation du système nerveux autonome.

Le Pr. Scheibenbogen suggère que le type d’EM/SFC dont les patients souffrent dépend des types d’anto-anticorps présents.

Le Pr. Scheibenbogen a également fait référence à un nouvel essai clinique en cours testant l’utilisation de la plasmaphérèse pour retirer les IgG du sérum.

Réf.: Loebel M et al. Antibodies to beta adrenergic and muscurinic cholinergic receptors in patients with chronic fatigue syndrome. Brain Behaviour Immunology. 2016, 52: 32 – 389.

Dr. Jo Cambridge (Département de médecine, faculté des sciences médicales, UCL, Grande-Bretagne) et Fane Mensah (doctorant) – Immunorégulation chez les patients EM/SFC

Cambridge

Dr Jo Cambridge et Fane Mensah (doctorant)

La présentation du Dr Jo Cambridge s’est concentrée sur la façon dont une dysfonction des lymphocytes B et la production d’auto-anticorps pouvaient jouer un rôle dans l’EM/SFC et autour du Rituximab comme traitement potentiel.

Le Rituximab élimine les lymphocytes B très rapidement (les lymphocytes B sont produits dans la moelle osseuse, passent ensuite dans les tissus, ils interagissent avec les lymphocytes T, et sécrètent des anticorps). Dans les maladies auto-immunes (comme dans l’EM/SFC), les résultats ne se voient pas avant plusieurs mois. Cela suggère que le problème dans ces maladies n’est pas directement les lymphocytes B, mais les molécules que produisent les lymphocytes B qui restent dans le sang des mois après l’éradication de ces cellules.

C’est lorsque ces molécules disparaissent finalement et qu’elles ne sont pas régénérées (car les lymphocytes B ont disparu) que les patients se sentent mieux. Quand les lymphocytes B reviennent et commencent à produire ces molécules à nouveau, les patients ont tendance à tomber malades à nouveau.

Les patients ayant des taux élevés d’auto-anticorps répondent mieux au Rituximab.

Une “proportion considérable” de lymphocytes B reste, cependant, même après le traitement par Rituximab. Également, les niveaux d’anto-anticorps demeurent élevés chez certains patients qui réagissent au traitement. Ces facteurs suggèrent que seuls certains types de lymphocytes B et certains types d’anto-anticorps sont responsables.

Il est clair également que puisque les patients sous Rituximab rechutent après la prise du traitement, il ne corrige pas la source du problème.

L’étude de l’utilisation du Rituximab dans l’EM/SFC n’en est qu’à ses balbutiements, suivant les récentes recherches des Dr. Fluge et Mella en Norvège. Toutes ces informations ont été obtenues lors de l’étude de l’effet du Rituximab sur les maladies auto-immunes. L’EM/SFC est un peu différente. Les travaux sont compliqués par le fait que l’EM/SFC est une maladie hétérogène et que le système immunitaire est d’une grande complexité.

Le groupe a émis l’hypothèse que le Rituximab pouvait réduire les niveaux de fatigue dans l’EM/SFC en réduisant la production de cytokines. Le Rituximab pourrait ainsi fonctionner en stoppant la production d’anticorps pathogènes encore partiellement inconnus.

Fane Mensah, un étudiant qui prépare sa thèse sur les lymphocytes B dans l’EM/SFC dans le laboratoire du Dr Cambridge, a présenté ses recherches. L’équipe a découvert qu’une protéine appelée CD24, impliquée dans des maladies immunes et auto-immunes, est trop exprimée sur les lymphocytes B des patients atteints d’EM/SFC. La CD24 est exprimée sur beaucoup de cellules; depuis 2010 le rôle de cette protéine n’était pas clair mais de nombreux chercheurs ont montré leur intérêt dans de nombreuses affections allant des maladies auto-immunes au cancer.

L’équipe de recherche de l’UCL concentre son investigation sur la physiologie des lymphocytes B dans l’objectif de trouver des différences entre les personnes souffrant d’EM/SFC et les contrôles sains pour savoir si cela peut permettre d’identifier les patients susceptibles de répondre au Rituximab. Si l’équipe y parvient, on peut s’attendre à un essai clinique réellement efficace – et une approbation du traitement pour ce sous-groupe EM/SFC. Le groupe a mis en place un système in vitro qui permet de comparer la fonction métabolique des lymphocytes B de patients EM/SFC et de contrôles sains.

Le Dr. Cambridge essaie de modifier les lymphocytes B des patients EM/SFC et des contrôles sains avec différents stimuli comme des cytokines, anticorps et agonistes/antagonistes pour tester leurs réponses et tenter de comprendre ce qui pousse les lymphocytes B des patients à coller des récepteurs de protéines CD24 sur leur surface et produire des auto-anticorps qui pourraient être la cause de la maladie.

Si on arrivait à identifier une substance – cytokine ou autre – qui cause une surexcitation des lymphocytes B chez les patients EM/SFC, cela aiderait à comprendre comment cette dérégulation du système immunitaire débute. Ce serait une avancée importante.

Le Dr Cambridge est revenue sur l’hypothèse d’un essai Clinique sur le Rituximab en Grande-Bretagne dont la mise en place est difficile (développement du protocole, obtention des autorisations, recherche des cliniciens susceptibles de suivre l’essai). Elle a également réitéré les conseils des Drs Fluge et Mella affirmant qu’en l’état actuel des connaissances le Rituximab ne devrait pas être utilisé en dehors d’essais cliniques.

Réf.: Mensah F et al. Extended B cell phenotype in patients with myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome. Clinical Experimental Immunology. 2016,184 :237-47.

Pr. Tom Wileman (Infection et immunité, Université d’East Anglia, Norfolk, Grande-Bretagne) – Le virome intestinal dans l’EM

Wileman

Pr. Tom Wileman

Le Pr. Tom Wileman a présenté le concept de virome entérique, la population virale des intestins, qui ont leur propre système immunitaire qui ne s’attaque qu’aux mauvaises bactéries. Le système immunitaire et le microbiote sont dans un état d’équilibre (homéostasie), mais un seuil inflammatoire peut être atteint et entraîner une surproduction de citokynes et interférons, ce qui peut affecter de nombreux organes et engendrer des maladies.

Le corps humain contient un nombre important de virus dans les intestins, y compris chez les personnes en bonne santé. Le virome humain est composé de virus eucaryotes (qui infectent les cellules hôtes) et de virus procaryotes (qui infectent des bactéries du microbiome).

Le microbiome intestinal est constitué de dizaines de trillions de micro-organismes, il peut peser jusqu’à deux kilos. Un tiers de notre microbiome est commun à toutes les personnes, les deux autres tiers étant spécifiques à chaque individu. Quand il devient dysfonctionnel, ces différences ont le potentiel d’être utilisées comme biomarqueur.

Une étude d’échantillons fécaux est actuellement en cours. Des analyses détaillées seront ensuite menées sur le virome entérique dans l’EM/SFC.

Réf.: Navaneetharaja N et al. A Role for the Intestinal Microbiota and Virome in Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome (ME/CFS)? Journal of Clinical Medicine. 2016, 5(6), 55.

 

Professor Don Staines (National Chair For Neuroimmunlogy and Emerging Diseases (NCNED), Université Griffiths, Australie) – Des nouvelles du NCNED: identification de récepteurs et signaux intracellulaires

Staines

Professor Don Staines

Le Professeur Staines a rendu compte du travail de son équipe à la Griffith University, qui a mis en évidence une canalopathie (dysfonctionnement des canaux ioniques membranaires) dans les lymphocytes B, et spécifiquement une canalopathie calcique.

Les canaux TRP ioniques (transient receptor potential) pourraient jouer un rôle majeur dans l’EM/SFC. Les récepteurs TRP amplifient les signaux d’activation, en particulier via le calcium, et ont un impact sur la régulation des gènes et d’autres mécanismes physiologiques.

Cette recherche a révélé des changements génétiques dans d’importants récepteurs associés à des fonctions immunitaires et cellulaires qui pourraient contribuer au développement de l’EM/SFC. Ces changements pourraient à leur tour entrainer des perturbations dans les mécanismes de signalisation intracellulaires dans le cerveau, les intestins, les systèmes cardiovasculaire et immunitaire, ainsi que dans le traitement de la douleur.

Réf.: Marshall-Gradisnik S et al. Examination of Single Nucleotide Polymorphisms (SNPs) in Transient Receptor Potential (TRP) Ion Channels in Chronic Fatigue Syndrome Patients. Immunology and Immunogenetics Insights, 2015; 1 DOI: 10.4137/III.S25147

Nguyen T et al. Novel identification and characterization of transient receptor potential melastatin 3 ion channels on natural kiler cells and B-lymphocytes: effects on signaling in chronic fatigue syndrome/myalgic encephalomyelitis patients. Biological Research 2016, 49, 27.

Pr. Simon Carding (responsable du programme santé intestinale et sûreté alimentaire, Institut de la Recherche alimentaire, Norwich Research Park, Grande-Bretagne) EMERG et EUROMENE

Carding

Pr. Simon Carding

La matinée s’est achevée avec la présentation par le Pr. Simon Carding de deux organisations européennes visant à accélérer la coopération entre chercheurs :

  • European ME Research Group (EMERG) est un réseau trans-européen de groupes de recherche dont l’objectif est de définir une stratégie de recherche coordonnée. A la suite de sa réunion inaugurale en octobre 2015, trois axes de recherche ont été proposés (diagnostic clinique et stratification des patients, mené par Alex McGregor, biomarqueurs, nature et validation, mené par Carmen Scheibenbogen et enfin standardisation d’échantillons (mené par Luis Nacul, Jonas Bergquist, et Jo Cambridge).
  • EUROMENE a été lancé au printemps 2016. Doté d’un budget de 6 millions d’euros, cet organisme vise à construire et entretenir un réseau intégré de chercheurs européens sur l’EM/SFC venant de 11 pays. C’est le Pr. Jérôme Authier, neurologue à Créteil qui représente la France et le Dr Els Tobback la Belgique.

EMERG et EUROMENE se sont rencontrés pour clarifier leurs roles respectifs : EMERG se concentrera sur les infrastructure et l’établissement d’un agenda de recherche, EUROMENE établira un réseau de chercheurs et de partenaires.

 

 

 

Ce résumé a été réalisé à partir des compte-rendus suivants:

Rosamund Vallings pour Invest in ME
Dr Charles Shepherd pour ME Association
Mark Berry pour Phoenix Rising
Cort Johnson pour Health Rising.

 

 

 

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