Microbiome, activine et cytokines, un point sur l’actualité

Ces dernières semaines ont été chargées en actualités pour l’EM/SFC. En voici un bref résumé.

Un biomarqueur dans le microbiome intestinal

Le professeur Maureen Hanson et son équipe avaient déjà, il y a quelques mois, mis le doigt sur des différences majeures entre la composition du microbiome intestinal des patients atteints d’EM/SFC et celle du microbiome de contrôles sains. Aujourd’hui c’est une équipe de chercheurs de l’université de Columbia aux USA qui semble confirmer ces résultats sur une cohorte de 50 patients et 50 contrôles sains.

Cette équipe, menée par les Pr. Ian Lipkin et Mady Hornig, a également découvert une corrélation entre la sévérité des symptômes de douleur et de fatigue et l’abondance de certains types de bactéries.

Dorottya Nagy-Szakal – co-auteur de l’étude

“Les individus atteints d’EM/SFC présentent une combinaison particulière de bactéries et autres problèmes métaboliques qui pourraient influencer la sévérité de la maladie,” d’après Dorottya Nagy-Szakal – co-auteur de l’étude

“Notre analyse suggère que nous pourrions être en mesure de déterminer les sous-groupes des patients atteints d’EM/SFC en analysant leur microbiome fécal,” selon le co-auteur de l’étude Brent L. Williams, “déterminer les sous-groupes de patients pourrait nous apporter des outils pour comprendre les différentes manifestations de la maladie”

Brent L. Williams – co-auteur de l’étude

Pour Ian Lipkin, impossible de dire à l’heure actuelle si ces modifications sont la cause ou la conséquence de la maladie. “Depuis un moment, il y a l’idée que certaines bactéries ont un impact sur le métabolisme. Elles affectent la capacité d’assimiler des nutriments, l’équilibre énergétique et sont une cause d’inflammation.”

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la publication de ces découvertes a donné lieu à plusieurs articles en France dans le Figaro, Top Santé, et dans la presse internationale dans le Times en Angleterre, Psychomedia au Canada, et Fox News et ScienceAlert aux USA. Certains de ces articles font malheureusement l’amalgame entre EM/SFC et “fatigue chronique”. C’est un problème courant dans la presse non informée vis-à-vis de cette maladie, et nous le regrettons.

L’activine B comme biomarqueur de l’EM/SFC

Une équipe de chercheurs australiens propose l’utilisation de l’activine B, une hormone, comme biomarqueur pour diagnostiquer l’EM/SFC. Les chercheurs ont découvert des niveaux anormalement élevés d’activine B dans le sérum des patients atteints d’EM/SFC, comparé aux contrôles sains. Ces résultats ont été établis à partir d’échantillons de 45 patients répondants aux critères de diagnostic canadiens de la maladie, dont 40 femmes et 5 hommes entre 19 et 66 ans, avec des durées de maladie variant entre 2 et 40 ans, et 17 contrôles sains.

“Les niveaux d’activine B [dans le sérum sanguin] ne changent pas quel que soit l’âge, le sexe, l’IMC (indice de masse corporelle), l’ethnicité, le tabagisme, les allergies ou les médicaments et à ce jour, les niveaux d’activine B n’ont pas été démontrés comme élevés ou réduits dans d’autres maladies.”

Cette recherche est une étude préliminaire et doit encore être répliquée. Si tel était le cas, nous aurions là un biomarqueur permettant d’identifier facilement la maladie dans le sérum sanguin.  

 

L’EM/SFC et le système immunitaire, où en sommes-nous aujourd’hui ?

Cette étude publiée par une équipe de recherche du département de rhumatologie de l’université de Londres résume la situation actuelle quant aux bases immunologiques de l’EM/SFC.

Voici le résumé de l’étude, qui, à notre agréable surprise, a été publié en français :

“L’encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) se caractérise par des symptômes multiples, dont la fatigue, des maux de tête et des troubles cognitifs, qui ont un effet négatif significatif sur le fonctionnement normal et le bien-être de l’individu. Ces symptômes sont souvent déclenchés ou aggravés suite à un effort physique ou mental. L’EM/SFC a longtemps été considérée comme ayant une importante composante immunologique mais les études témoignant des modifications des réponses immunitaires dans ce contexte sont souvent discordantes entre les différents groupes de recherche. Bien que la vaste gamme de symptômes physiques, neurocognitifs et autonomes rapportés par les patients ait sérieusement entravé les tentatives de comprendre les mécanismes physiopathologiques impliqués, l’investissement dans la recherche biomédicale concernant l’EM/SFC augmente finalement, avec un certain nombre de publications nouvelles et prometteuses. La survenue d’une EM/SFC peut être liée à des infections (virales) qui détermineraient différentes altérations de fonctionnement des cellules natural killer (NK) comme décrit par beaucoup de groupes différents. La cohérence des données rapportées sur les cytokines a fait défaut jusqu’à présent, bien que récemment certaines approches plus sophistiquées aient conduit à obtenir des données plus robustes dans de grandes cohortes de patients. Un nouvel espoir a également été donné aux patients avec la possibilité que les thérapies qui provoquent une déplétion en cellules B pourraient entraîner une amélioration clinique. Pour comprendre les mécanismes physiopathologiques de ce syndrome complexe, il est important de considérer les données qui ont été reproduites dans différentes cohortes. Dans cette revue, nous discuterons du potentiel des différentes composantes du système immunitaire à être impliquées dans la pathogenèse de l’EM/SFC.”

Révision du classement international des maladies (CIM) de l’Organisation Mondiale de la Santé

L’OMS révise actuellement son classement international des maladies (CIM), et certaines propositions pourraient, si elles étaient acceptées, mettre en péril le classement international de l’EM/SFC comme maladie neurologique. Suzy Chapman et Mary Dimmock suivent depuis plusieurs années les propositions qui sont faites. Elles ont établi des recommandations pour l’OMS et demandent le soutien des associations de malades et des patients pour les faire valider. L’AQEM (Association Québécoise de l’Encéphalomyélite Myalgique) a fait une traduction de cette demande.

Nous vous invitons vivement à approuver leur proposition, cela ne prend que quelques minutes et peut avoir un impact important sur la prise en charge de la maladie à l’échelle internationale.

Nouveau coup dur pour le PACE Trial

Le PACE Trial, cette étude de 2012 aux méthodologies douteuses qui essayait de démontrer l’efficacité de la thérapie par exercice graduel (TEG) et de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) dans le traitement de l’EM/SFC, vient de voir sa crédibilité à nouveau lourdement remise en question, en la publication d’une “expression d’inquiétude” (“expression of concern” en anglais) par le journal PLOS One, dans lequel l’étude avait originalement été publiée. La présentation de l’étude sur le site du journal se voit maintenant marquée d’un long message sur fond rouge expliquant les problèmes éthiques que posent les actions des auteurs. Cette notification a pour origine le fait que les auteurs du PACE ont jusqu’à ce jour refusé de partager les données de l’étude et de les mettre à disposition du public, ce qui va directement à l’encontre des règles de publication du journal.

En avril 2016, le tribunal du droit à l’information de Londres ordonnait la publication partielle des données après une longue bataille juridique. Les réanalyses de ces données partielles qui ont été publiée dans divers journaux réputés ont montré des fautes graves dans la méthodologie de l’étude rendant les résultats inexploitables.

C’est un nouveau coup dur pour la crédibilité de l’étude qui est déjà vue par de nombreux scientifiques comme un parfait exemple de “mauvaise science” (bad science).

Cette “expression d’inquiétude” a donné lieu à un article publié sur le site RetractionWatch, qui se spécialise dans les publications scientifiques controversée.

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