Une nouvelle étude étaye l’hypothèse d’une dysfonction métabolique dans l’EM/SFC

L’idée qu’un dysfonctionnement du métabolisme cellulaire jouerait un rôle dans l’EM/SFC est depuis longtemps dans l’air. Mais ces derniers mois, plusieurs découvertes ont ramené cette théorie au centre des débats. Une étude récemment publiée des norvégiens Fluge et Mella vient ajouter de la substance à l’hypothèse métabolique.

 

Fluge, Mella et l’EM/SFC

Oncologues de profession, les Pr. Øystein Fluge et Olav Mella ont commencé à s’intéresser à l’EM/SFC par hasard, en 2004, alors qu’ils suivaient une patiente atteinte d’EM/SFC souffrant d’un lymphome et dont les symptômes se sont améliorés considérablement suite à un traitement au Rituximab. Après avoir observé la même réaction chez deux autres patients, Fluge et Mella ont mis en place deux études préliminaires, un petit essai randomisé et une étude de suivi de phase 2, qui ont toustes deux montré une amélioration significative chez deux -tiers des patients. Ils mènent actuellement un essai de phase 3 de plus grande envergure. Parallèlement, Fluge et Mella testent également l’effet de la cyclophosphamide (une molécule anticancéreuse utilisée dans le traitement du cancer du sein et de l’ovaire) dans un petit essai qui devrait prendre fin en janvier 2017.

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Lors d’une interview avec Miriam Tucker, journaliste à Medscape, le Dr Mella déclarait récemment que, si tous deux continuent à pratiquer en oncologie, leur recherche est désormais entièrement dédiée à l’EM/SFC : « Nous sommes tombés là-dessus, et il nous était difficile de ne pas nous investir, parce que nous savions qu’il y a tellement de controverses dans ce domaine… Nous y travaillons beaucoup le soir et le week-end ».« L’EM, selon Fluge, représente un abîme dans la connaissance médicale, que [les deux chercheurs] veulent aider à combler ».

 

La respiration cellulaire

C’est une réaction chimique qui a lieu dans chaque cellule et qui fournit au corps l’énergie dont il a besoin, en transformant les nutriments (glucides, acides aminés et lipides) en ATP (adénosine triphosphate). L’ATP est ensuite consommée dans les cellules pour les différents besoins énergétiques. Trois processus principaux permettent sa production :

  •          La glycolyse est une dégradation du glucose, transformé en pyruvate et en ATP, et prenant place en dehors des mitochondries.

  •          Le cycle de Krebs est un processus complexe en dix étapes et qui a lieu dans les mitochondries.

  •          La chaîne respiratoire, qui utilise certaines des coenzymes produites lors du cycle de Krebs, a également lieu dans les mitochondries.

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L’ATP ne pouvant être stockée dans les cellules, les réserves d’énergie sont donc conservées sous forme de lipides ou de glucides. Le corps humain ne contient à chaque instant qu’environ 250 g d’ATP mais consomme et régénère chaque jour l’équivalent de son propre poids en ATP.

 

Inhibition de la pyruvate déshydrogénase ?

Dans sa dernière étude, l’équipe norvégienne a comparé les niveaux sanguins de 20 acides aminés intervenant dans le métabolisme cellulaire chez 200 personnes atteintes d’EM/SFC et répondant aux critères canadiens ainsi que 102 contrôles sains.

Les résultats de l’étude montrent, principalement chez les femmes, une réduction spécifique des taux sanguins de certains acides aminés qui participent au métabolisme oxydatif. Selon Fluge et Mella, cela pourrait être dû au fait que la PDH (Pyruvate déshydrogénase), une enzyme essentielle au bon déroulement du cycle de Krebs, ne fonctionnerait pas normalement chez les personnes atteintes d’EM. Par conséquent, les cellules augmenteraient leur consommation de certains acides aminés comme carburant à la place du glucose, normalement utilisé, ce qui expliquerait les niveaux réduits de ces acides aminés dans le sang. Chez les patients masculins, le niveau de 3-méthylhistidine, un marqueur du catabolisme des protéines, était significativement augmenté. Les hommes ayant des muscles plus développés que les femmes, ce sont les protéines musculaires qui fonctionneraient, chez eux, comme réserves alternatives d’énergie.

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Hypothèse de Fluge et Mella

 

L’hypothèse d’un dysfonctionnement de la PDH est confortée par le fait que les chercheurs ont constaté, après avoir mesuré l’expression génétique dans les globules blancs de nombreux facteurs régulant la PDH, que plusieurs enzymes inhibant son fonctionnement (PDK1, SIRT4) présentaient des niveaux élevés chez les patients des deux sexes.

Ces données pourraient expliquer à la fois les problèmes de production d’énergie chez les patients souffrants d’EM/SFC et les excès de lactate générés lors d’efforts physiques et constatés dans de nombreuses études. Selon les chercheurs: « malgré les efforts de compensation du corps, cette situation compromet la capacité des cellules à adapter le processus métabolique aux demandes d’énergie sans cesse changeantes. Par exemple, une activité physique pourrait résulter en une pénurie d’énergie dans les muscles, couplée à une augmentation de lactate. Ce sont les effets normaux d’exercices vigoureux chez les personnes en bonne santé, mais chez les patients sévèrement atteints d’EM, ces symptômes peuvent être observés après un effort minimal, comme sortir de son lit ou faire quelques pas. ». Lors de la conférence de Fort Lauderdale, Fluge présentait « cette perturbation dans le processus métabolique » comme « une lutte pour l’énergie ».

Si l’on suit cette hypothèse, le Rituximab et la Cyclophosphamide pourraient, selon Fluge et Mella, « affecter le signal erroné envoyé par le système immunitaire et donc réduire l’inhibition de la PDH. Ainsi, la dégradation normale du glucose pourrait être restaurée et la production d’ATP pourrait mieux s’adapter aux niveaux d’activité du patient. »

Des cultures de cellules ont également été effectuées dans le cadre de cette étude. La respiration mitochondriale et la production de lactate y étaient augmentées, peut-être parce que les cellules essaient de compenser le processus déficient de production d’énergie.

 

Pour le Pr. Jonathan Edwards, cette étude à la conception rigoureuse apporte des données intéressantes. « La grande question est de savoir si ces découvertes sont dues à des changements consécutifs à la maladie ou si elles nous apprennent quelque chose sur la cause du problème ». Même s’ils n’ont pas encore été répliqués dans le cadre d’une autre étude, ces résultats convergent avec ceux d’autres recherches récemment publiées, comme celle de Robert Naviaux de L’Université de San Diego en Californie, celle de McGregor et Armstrong en Australie, ou enfin celle de Maureen Hanson à l’Université de Cornell, ainsi que les résultats préliminaires de l’équipe de Ron Davis. Ils sont également cohérents avec les recherches menées sur les effets de l’exercice dans l’EM/SFC. Les pièces du puzzle complexe qu’est l’EM/SFC semblent enfin commencer à s’emboîter.

2 commentaires sur “Une nouvelle étude étaye l’hypothèse d’une dysfonction métabolique dans l’EM/SFC

  1. Je souffre du SFC depuis maintenant 6 ans. Les premiers mois furent un calvaire et la maladie s’est progressivement atténuée avec les années. Maintenant je vis avec des périodes presque normales et des périodes avec aucun effort possible. C’est très difficile d’être prisonnière de son corps quand la tête a plein de projets. J’ai vraiment hâte que l’on trouve enfin la solution à ce mal.

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